La Guerre des Moutons

Posté le 04 octobre 2017 in CentraleSupélec

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Prenons un Centralien, et un Supélec. Pas de différence, à première vue. Certains viennent de la même prépa, du même groupe d’amis, de la même famille parfois ! Alors a priori, pas de distinction majeure entre les deux, si ce n’est quelques places à un concours ma foi pas toujours équitable. La question se pose donc : comment est-ce possible que chacune de ces deux entités pourtant si semblables arrive à être persuadées au plus profond de leur être que leurs traditions et leur vocabulaire sont les plus pertinents d’un point de vue logique, émotionnel et social ? La réponse est simple : le sentiment d’appartenance étant l’un des besoins fondamentaux de l’être humain, l’homme est donc par définition un mouton qui se contente de suivre le mouvement. Retour sur cette guerre de traditions qui fait rage dans un campus où aurait pu régner une atmosphère de calme compréhension mutuelle.

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Commençons par les assos. Alors que tout était réuni pour favoriser la mise en commun des ressources et des connaissances, on assiste dans certaines grosses assos du campus à un combat de coqs que nul ne semble pouvoir remporter. Alors, Adr Bar ou Coopéman ? Direct ou Journal Télévisé ? Bureau des rumeurs ou page de ragots ? Tant et tant de questions qui pour certaines ne trouvent pas de réponse. Et tandis que la fusion a des airs d’absorption dans certains cas, ou que les concessions se font (en même temps, personne n’a jamais compris pourquoi on appelait un Direct un Journal, m’enfin), il y a aussi les clubs dans lesquels tout se passe à merveille, comme par exemple au BDA qui a su préparer des spectacles CentraleSupélec dans lesquels chacun travaillait ensemble, main dans la main… Une atmosphère conviviale et sans rivalité, propice au développement du talent général, jusqu’à ce que…catastrophe. En plein montage de la scène, alors que tous s’apprêtaient à embarquer joyeusement dans une belle 207 redécorée par la boue ambiante, une phrase résonne et fait se figer l’ensemble des Supélecs présents : « Shotgun la place de devant ! ». Il le fallait, et le drame est arrivé. Le Centralien, conscient de son erreur, bafouille, s’excuse mais maintient, l’ambiance se glace, les regards sont fuyants. Car d’un unique combat personne ne triomphera, et il s’agit de celui du vocabulaire. Alors, chocolatine ou pain au chocolat ?

Ceci n'est pas un shotgun

Dans ce débat qui semble infini et dont l’histoire nous donnera le fin mot, deux termes sont principalement en concurrence : « PAPS » pour Supélec, et « Shotgun » pour Centrale. Revenons sur les avantages et les inconvénients de ces deux mots qui après tout, ne sont que l’évolution de l’historique « Preum’s » qu’on scandait à l’école primaire. D’abord le PAPS, qu’est-ce que ce mot que certains d’entre vous n’ont jamais eu l’occasion d’entendre et dont la signification n’a pu qu’être devinée ? La légende raconte que sa naissance vient d’un de ces fameux amphis de présentation de début d’année pendant lesquelles on déplore la présence de ces maudits accoudoirs qui nous empêchent de nous allonger pour dormir tranquillement. Faute de quoi, certains avaient donc à l’époque écouté l’exposé présenté, et remarqué l’habile abréviation de l’expression bien connue « Premier arrivé premier servi » en PAPS, et décidé de faire rentrer ce nouveau mot dans l’histoire de Supélec. Devenu depuis un verbe (papser), un adjectif (papsé(es)), une onomatopée, en somme un véritable symbole de la culture Supélec, personne au sein du cursus n’a la moindre intention de lâcher prise, et de succomber à l’appel du Shotgun. Mais quid de cette expression centralienne tout autant appréciée de ses utilisateurs ? Le mot « shotgun », littéralement traduit en « fusil de chasse », nous vient du Québec où il a commencé son ambition de remplacer l’expression preum’s alors à la mode. Et depuis, c’est une véritable déferlante de « shotguns » qui s’est abattue sur notre pays, au point qu’il s’agisse d’un terme qu’on ne présente plus. L’avantage donc, en comparaison avec PAPS, c’est d’être compréhensible par tout le monde, l’inconvénient étant de manquer cruellement d’originalité. Un partout donc, balle au centre. L’utilisation de leurs antonymes « dépaps » et « chapeau » aurait pu faire l’objet d’une dissertation du même acabit, qui en arriverait à la même conclusion, et que je vous épargnerais donc, vifs esprits que vous êtes.

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Dans la même lignée, un autre conflit de vocabulaire, désormais sur le surnom dont seront affublés les élèves des différentes années. N1as, 2As et moisis pour Supélec, GPA, GDA et vieux pour Centrale. Comprenez que le mot « N1as » est en fait l’abréviation de « Nain de première année » alors que GPA/GDA veulent tout simplement dire Gentil Première/Deuxième année. En ce qui concerne les mots « moisis » et « vieux », ils se passent de commentaire. Conclusion, les Centraliens sont des bisounours dénués d’un quelconque sens des réalités, et les Supélecs sont juste méchants. Vous avez les cartes en mains, à vous de choisir votre camp.

Merci à Centrale Design et aux pages de memes CentrecSupelale Campif de Gus et Centrale Campus de Gif pour les illustrations de cet article. Et un grand merci à Coline de l'avoir rédigé avec beaucoup d'humour.